Écrit le 4 février, 2026
Portait de Jonathan Lorilloux, SUEZ RV Sud-Ouest - Donner de la vision et du sens
Issu d’un milieu ouvrier en plein centre de la France, Jonathan Lorilloux ne se destinait pas spontanément à de longues études. Ce sont des rencontres, des choix courageux et une curiosité jamais rassasiée qui l’ont mené des bancs d’une prépa scientifique à la direction d’un site SUEZ, où il cherche chaque jour à concilier performance économique, sécurité et développement des hommes.
Quand un professeur ouvre le champ des possibles
Jonathan grandit dans un environnement rural où l’on parle peu d’écoles d’ingénieurs. Doué pour les matières scientifiques, il poursuit malgré tout jusqu’au bac S, encouragé par son entourage à « continuer, ça ne peut apporter que du bon ». La bascule se fait au lycée, grâce à un professeur de physique‑chimie qui lui donne le goût des sciences et lui montre qu’un autre horizon est possible : les classes prépa et les écoles d’ingénieurs.
Il se lance en Maths sup – Maths spé, intègre ensuite l’ENSIL à Limoges et obtient un diplôme d’ingénieur en matériaux et traitement de surface. Ironie du destin, cette spécialité ne le conduira pas vers la recherche ou l’industrie des matériaux, mais vers les flux, les entrepôts et la logistique.
« Pour moi, les écoles d’ingénieurs, c’était un monde improbable. J’ai eu la chance de croiser quelqu’un qui m’a dit : un autre monde est possible. »
De l’ingénierie à la logistique : choisir de rebondir plutôt que subir
En 2011, en pleine crise post subprimes, plus de 70% de sa promotion d’ingénieurs se retrouve sans emploi. Or Jonathan doit travailler vite, il n’a ni le luxe d’attendre, ni celui d’enchaîner les petits jobs sans projet. Il décide alors de se renforcer en complétant son profil scientifique par une formation en management de la logistique.
Il rejoint KEDGE Business School à Bordeaux pour un master spécialisé en logistique industrielle, réalisé en alternance chez Kuehne+Nagel, dans le froid alimentaire. L’expérience lui permet d’entrer dans la vie professionnelle, mais il ne se retrouve pas dans la culture de ce grand groupe suisse‑allemand. En parallèle, il découvre un autre acteur, STEF, leader du transport du froid, qui propose un graduate program «Future Manager».
Là encore, il accepte de « reculer pour mieux sauter » : un salaire de départ inférieur à ce que son diplôme d’ingénieur lui permettrait d’espérer, mais la promesse d’apprendre un métier en profondeur.
Huit ans chez STEF : apprendre le terrain, puis les chiffres
Le graduate program de STEF commence par le terrain : agent de quai jour et nuit, service après‑vente, exploitation transport, chargement de camions. Cette immersion longue change profondément son regard sur le travail.
« Quand on est ingénieur, on se positionne volontiers au‑dessus, dans un poste de cadre. Là, à 3h du matin en train de tirer une palette, je me suis dit : la vraie vie, c’est peut‑être ça, ceux qui construisent au quotidien. »
Il en retire de l’humilité, une vraie compréhension des métiers opérationnels et la conviction qu’on ne peut pas manager sans avoir approché la réalité du terrain.
Dans la deuxième partie de son parcours chez STEF, Jonathan bascule du côté des chiffres : contrôleur de gestion, il élabore le budget d’une filiale à 30 M€ de chiffre d’affaires, suit les performances hebdomadaires et mensuelles, pilote des plans d’actions chiffrés et participe aux comités de direction. Il découvre la puissance de la performance économique.
Il devient ensuite responsable d’exploitation, encadre jusqu’à 60 salariés, gère expéditions, livraisons BtoB, agents de quai et application de la réglementation sociale européenne. Passer « de l’autre côté de la barrière » lui fait toucher du doigt le fameux triangle qualité‑coût‑délais, mais aussi la difficulté pour certains collaborateurs d’oser dire non, jusqu’à la surchauffe.
SUEZ : découvrir qu’on peut parler sécurité avant chiffres
Débauché par SUEZ, Jonathan rejoint en 2019 le monde de la gestion des déchets, comme responsable centre de service. Le choc culturel est fort : dans cette nouvelle maison, on parle moins des comptes au quotidien et beaucoup de santé et de sécurité.
Au début, il croit à une forme de « safety bashing » de façade. Mais les résultats sont là : sur ses sites, aucun accident avec arrêt depuis 2021. Chez SUEZ, un accident du travail, même « bénin », est considéré comme un événement grave, parce qu’il aurait pu être mortel ou lourdement handicapant.
Peu à peu, il comprend que performance économique et performance sécurité ne s’opposent pas, au contraire.
« Mon chef le dit souvent : je ne connais pas de boîte saine et sereine qui a 90 accidents de travail et des clients mécontents. Si ces deux voyants sont au rouge, le compte de résultat ne peut pas être bon. »
Jonathan fait alors évoluer son propre « logiciel » : au lieu d’être dans l’action court terme, il construit une vision à moyen/long terme, planifie d’une année sur l’autre, structure ses axes autour de trois questions simples : peut‑on faire la prestation en sécurité ? le client en est‑il satisfait ? paiera‑t‑il le juste prix ?
Manager de sites : chiffres, équipes et vision
Aujourd’hui, Jonathan dirige 5 sites internes SUEZ et 3 sites clients depuis Plaisance‑du‑Touch, avec une cinquantaine de collaborateurs. Il siège au comité de direction et élabore, avec ses pairs, la feuille de route métier.
« Je ne connais pas beaucoup de dirigeants qui pilotent bien un centre de profit sans notions de contrôle de gestion. Mais ce que j’ai appris chez SUEZ, c’est que les chiffres ne valent que s’ils s’appuient sur des équipes en sécurité et des clients satisfaits. »
Curieux, amateur de Power BI et d’outils de pilotage, Jonathan revendique aussi une part de désordre assumé : il pense vite, beaucoup, pas toujours sur papier, ce qui donne parfois l’impression d’un manager « qui va dans tous les sens » mais avec une vraie capacité de synthèse et de prise de hauteur.
Côté personnel, il se ressource dans le sport (foot en salle, tennis, padel, skate, vélo, natation) et cultive un goût marqué pour l’histoire de France et la mythologie, deux domaines où, comme au travail, il aime comprendre les systèmes, les récits et les logiques de fond.
« On me dit que je suis visionnaire, que je n’ai pas peur d’aller de l’avant. Pour moi, l’échec fait partie du chemin, mais un échec, ça se prépare aussi : le risque doit rester mesuré. »

