Écrit le 30 janvier, 2026
Florent Delaygue - De l’ingénierie électrique au pilotage d’une PME
Très tôt passionné par l’électricité, Florent Delaygue a suivi un parcours d’ingénieur tracé. Pourtant, ce n’est pas derrière un oscilloscope qu’il a trouvé sa place mais aux manettes d’une PME à relancer, entre stratégie, gestion, recrutements compliqués et conviction profonde que la réussite se joue d’abord avec les personnes.
De l’électricité pure à la direction d’affaires
Tout commence en quatrième, dans un cours de techno où il découvre l’électricité et sait déjà qu’il a trouvé son domaine. Bac STI électrotechnique, DUT, licence puis école d’ingénieur: son chemin de formation est limpide… en apparence.
Au fil des années d’alternance, Florent réalise qu’il aime autant parler business, finance et développement que schémas électriques. Il entre dans la vie professionnelle comme chargé d’affaires, puis gravit les échelons jusqu’à des postes de responsable d’agence dans une entreprise de maintenance pétrolière et gazière.
« Je suis toujours resté dans l’élec… mais sans vraiment faire d’élec. J’ai très vite basculé dans la gestion, le commerce, le développement, et c’est là que je me suis senti à ma place. » confie-t-il.
Entre grand groupe, PME en difficulté et envie d’autonomie
Après dix ans dans un grand groupe, un ancien directeur le contacte : il vient de lancer une activité de bornes de recharge pour véhicules électriques et lui propose un poste de directeur général. Le secteur lui parle, la confiance est là, le risque géographique limité : Florent fonce.
La suite est plus rude : la « grosse » société du groupe, rachetée quelques années plus tôt, se retrouve en difficulté, faute de trésorerie et de clients fiables. En quelques mois, il passe de bureaux pleins à une PME quasi vide, à essayer de tenir bon.
Cette expérience agit comme un déclic : il découvre de l’intérieur la fragilité d’une PME mais aussi la satisfaction de maîtriser enfin l’ensemble du système.
« Je me suis dit : tant qu’à me battre pour sauver une petite boîte, autant que ce soit la mienne. »
Un projet de reprise… à trente minutes de chez lui
Florent décide alors de chercher sa propre entreprise à reprendre. Contrairement aux conseils des cabinets spécialisés, il refuse d’élargir son périmètre à toute la France : ce sera autour de Toulouse ou rien.
Dans un marché peu structuré, il s’appuie sur le réseau, les bons interlocuteurs et un entourage solide : un beau‑père serial entrepreneur, un expert‑comptable et un cabinet d’avocats rompus aux opérations de croissance externe. En six mois, là où on lui annonçait trois ans, il identifie une cible, monte une équipe de reprise «comme pour acheter une boîte du CAC 40» et rachète l’entreprise.
« La première reprise est la plus dure. Après, on a les réflexes et les contacts. Mais celle‑là, je voulais qu’elle soit vraiment alignée avec mon métier et ma vision. » ajoute-t-il.
Un bureau d’études à relever, pas une coquille vide
La société qu’il choisit est un bureau d’études spécialisé en électricité (et historiquement en CVC), durement touché par le Covid : effectifs passés d’une vingtaine de personnes à moins d’une dizaine, chiffre d’affaires divisé par deux, dirigeant refugié dans la technique faute de relais.
Florent voit pourtant un potentiel : pas de stocks, des projets en cours, un métier qu’il connaît intimement et surtout un dirigeant fondateur attaché à son entreprise. Contre l’avis de la plupart de ses conseils, il négocie non pas un départ rapide mais un véritable passage de témoin. Le cédant reste comme directeur technique, renouvelle même son contrat d’accompagnement et continue de porter la compétence métier pendant que Florent prend en charge développement, commerce et gestion.
« On m’a répété que ça n’existait pas, qu’un cédant reste vraiment deux ans. On s’est parfois frottés, mais on a choisi d’être des grands garçons : chacun y gagne, chacun sait pourquoi il est là. » souligne-t-il.
Manager dans un secteur en tension
Remettre Clean’Elec sur les rails, c’est aussi affronter la réalité du marché du travail : filières électriques désertées, promotions d’écoles d’ingénieurs qui se vident, jeunes qui n’hésitent plus à se réorienter du jour au lendemain.
Florent choisit donc la formation et la transmission : alternants, jeunes ingénieurs, recrutement malgré le risque, au prix parfois de périodes d’essai écourtées au bout de quelques jours. « J’ai vécu les bénéfices de l’alternance donc je rends ce que j’ai reçu : on forme, on accompagne même si tout le monde ne reste pas. »
Aujourd’hui, l’entreprise est passée d’environ 500–600 k€ de chiffre d’affaires à plus de 800 k€, avec une trajectoire prévue au‑delà du million et une équipe d’une douzaine de personnes appelée à grandir progressivement.
« Reprendre, c’est accepter l’incertitude : sur les dossiers, sur les recrutements, sur le marché. La seule chose sur laquelle je ne transige pas, c’est la qualité du travail et le respect des gens. »

